« On est passé d’une situation où tout le monde avait la tête dans le guidon à une situation où c’est devenu l’instabilité pour la direction. » Le délégué syndical de la CGT à Renault-Flins, Ali Kaya, résume ainsi les débrayages de ces dernières semaines. Le 22 juin, l’appel à la grève lancé par la fédération de la métallurgie de la CGT a rassemblé environ 300 personnes devant le site de production automobile. Elle a réuni des sous-traitants et ouvriers de divers sites Renault France et d’autres groupes automobiles comme ceux du groupe Stellantis, ex PSA, ou de Toyota Onnaing (Nord). Tous dénoncent le plan d’économies d’au moins deux milliards d’euros sur trois ans annoncé l’an dernier par le groupe Renault qui supprimera 4 600 postes en France.

« Cela s’appelle la solidarité ouvrière et, là, les travailleurs de Renault-Flins sont directement menacés même si la direction de l’usine ici, à Flins, prétend le contraire », résume le responsable de la CGT à Toyota Onnaing, Éric Pecqueur, de sa venue. Dans l’édition du 2 décembre de La Gazette, la direction du groupe Renault annonçait qu’avec la reconversion de l’usine en un site de reconditionnement automobile à l’horizon 2024, « plus de 3 000 emplois à l’horizon 2030 » étaient attendus. Or, selon le délégué syndical de la CGT, Philippe Gommard, ils sont environ 4 000 à travailler actuellement.

L’appel à la grève n’a cependant pas été partagé par tous les syndicats de Renault-Flins. « [Pour] les syndicats du site de Flins, la CGT a demandé aux autres syndicats s’ils voulaient se joindre à cet appel, y compris l’Unsa qui a participé aux débrayages dans l’usine il y a deux-trois semaines, ils n’ont pas voulu se joindre à notre rassemblement tous seuls », déplore ­Philippe Gommard.

Outre le soutien aux ouvriers de Renault-Flins, des employés d’autres groupes automobiles étaient également venus pour dénoncer leurs propres craintes pour l’avenir de leurs emplois.

« Pour Flins, aujourd’hui on avait des garanties, on a des opportunités, on a des projets qui sont noirs sur blancs et qui sont sur la table et, du coup, on ne voyait pas l’intérêt de se mettre en grève pour ces raisons-là », rétorque le délégué syndical central adjoint à la fabrication chez FO, Mounir Mestari.

Les grévistes issus d’autres groupes automobiles étaient néanmoins aussi venus pour dénoncer leurs craintes de leurs propres directions. « Là c’est Renault et après cela va être notre tour bientôt, déclare avec appréhension un membre de la CGT travaillant pour le groupe Stellantis à Poissy, Said Hammouda. Si on ne ramène pas une nouvelle voiture, soit Fiat, soit Maserati ou n’importe quoi, on va être dans la merde. » La direction de Renault-Flins a, elle, ­indiqué ne pas vouloir s’exprimer.