« Évadez-vous près de chez vous. » Voici la promesse de la récente destination touristique Terres de Seine dont le nom n’a été choisi qu’en novembre 2020. Son but est de faire connaître aux yvelinois, aux parisiens et aux habitants des départements limitrophes, les activités touristiques recensées par l’office de tourisme intercommunal sur les 73 villes de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO).

Alors que la météo était capricieuse et que le contexte sanitaire était incertain, le directeur de l’office de tourisme intercommunal, Xavier Cadilhac, assure que le bilan estival des activités touristiques en vallée de Seine est satisfaisant avec plus ou moins de réussite selon les secteurs. D’après lui, cela s’expliquerait en partie par l’envie de sortir de chez soi après les confinements successifs.

« Prendre l’air, se dépayser, partir pas forcément très loin de chez soi mais en tout cas se sentir ailleurs […], on a cette possibilité de tenir cette promesse-là », explique Xavier Cadilhac des atouts des activités proposées par Terres de Seine en insistant sur le fait que la situation géographique de la communauté urbaine entre la Normandie et Paris est un véritable atout pour attirer la clientèle parisienne.

Indian Forest Yvelines, à Morainvilliers, existe depuis trois ans. Le gérant, Thomas Abouhachem déclare que « la nouveauté […] cette année c’est que [les clients] viennent d’un peu plus loin ».

« Les Parisiens, en tout cas pour certains, qui n’avaient pas la chance d’avoir des grandes terrasses, ou le peu de maisons qu’il peut y avoir sur Paris, avaient besoin de prendre l’air, de voir du vert, de respirer et de faire des activités en plein air », ajoute-t-il du motif de la présence des habitants de la capitale en vallée de Seine et notamment durant les week-ends.

Son opinion est partagée par Vaimalama Chaves, Miss France 2019. Le 24 septembre, elle est venue à Montalet-le-Bois pour relever le défi lancé par Sébastien Erson, le Youtubeur de la chaîne Seb avec ta star, et qui consistait à participer à un stage de survie organisé par Denis Tribaudeau au domaine de Forest Hill. « C’est très campagnard, très calme et cela fait du bien au cœur, affirme l’ancienne Miss France dès son arrivée et qui ne cache pas qu’elle pourrait être amenée à revenir si elle apprécie son expérience. Quand on sort de Paris, où toutes les voitures vont dans tous les sens et où ça crie tout le temps, c’est agréable et reposant de découvrir un espace aussi vert, pas loin de Paris, et totalement préservé. »

Vaimalama Chaves, Miss France 2019 pour la région de Tahiti, est venue le 24 septembre dernier au domaine de Forest Hill, à Montalet-le-Bois pour participer à un stage de survie.

Qu’elle revienne ou non, la présence, ce jour-là, de Vaimalama Chaves répond en tout cas à une stratégie de communication de Terres de Seine qui a noué « un partenariat » avec Sébastien Erson pour promouvoir le territoire par le biais de défis proposés à des célébrités et en relayant les vidéos réalisées sur sa chaîne Youtube. Avant la venue de Miss France 2019, Lola et Dorian ayant participé à l’émission Koh Lanta étaient notamment déjà venus en vallée de Seine avec l’entreprise Wake and Gliss, à Villennes-sur-Seine, avant de réaliser un parcours d’accrobranches à l’Indian Forest ­Yvelines, à Morainvilliers.

La venue de ces célébrités par le biais de Sébastien Erson n’est cependant pas gratuite. « Effectivement, il y a un coût […], confie Xavier Cadilhac qui ne précise néanmoins pas son montant. C’est une opération marketing. » Bien que le tarif négocié entre Terres de Seine et le Youtubeur ne soit pas divulgué, le directeur de l’office de tourisme intercommunal avait confié à La Gazette, quelques jours avant la venue de Vaimalama Chaves, que le coût total d’investissement pour faire connaître Terres de Seine via différentes opérations et supports est estimé à « quelques dizaines de milliers d’euros pour toute la campagne marketing et les réseaux sociaux ».

Pour la responsable du service des publics au musée du jouet et adjointe de la conservatrice du service des musées de Poissy, Marion Abbadie, les chiffres de fréquentation indiquent que « ce sont des Yvelinois [qui viennent] en priorité ».

Pour l’heure, à en croire plusieurs prestataires d’activités différentes liées à Terres de Seine, il est néanmoins encore difficile de mesurer l’impact de cette campagne sur leur chiffre d’affaires car beaucoup ne savent pas si leurs clients connaissent ou non le nom de la destination touristique. Néanmoins, tous rejoignent Xavier Cadilhac sur la provenance essentiellement yvelinoise et parisienne de leur clientèle.

« La nouveauté un peu cette année c’est que ce sont des gens qui viennent d’un peu plus loin. Avant c’était 15-20 kilomètres autour [d’ici], voire moins de dix kilomètres […]. Mais on a plus maintenant des gens de Versailles, de Vaucresson […], Plaisir, pas mal de clients de Paris aussi parce qu’au téléphone ils me demandent à combien est-ce-que c’est de Paris », déclare le gérant d’Indian Forest Yvelines depuis sa création il y a trois ans, Thomas Abouhachem.

Il avoue cependant avoir moins ressenti, cette année, le besoin des habitants de la capitale de se retrouver en pleine nature contrairement à l’an passé. Le gérant d’Indian Forest Yvelines l’explique en partie par la diminution des restrictions sanitaires. « J’ai quelques clients qui m’ont dit qu’au vu du cadre qu’il y avait, de la forêt, ils venaient là parce que lorsqu’ils étaient confinés, ils ne pouvaient plus sortir », se souvient-il des témoignages de sa clientèle parisienne en 2020 à l’issue du premier confinement. Alors qu’en 2019, année de son ouverture, le parc recensait « autour de 10 000 entrées », Thomas Abouhachem pense cependant ­réaliser « plus d’entrées » cette année.

« Les gens, c’est normal, ils ont eu peur, ils étaient dans leur appartement à Paris pendant plusieurs mois confinés, cloîtrés et donc ils n’avaient qu’une envie c’est de sortir », déclare, quant à lui, Augustin Dumont, le président de l’Escale Royale qui propose des hébergements sur la Seine et dont une partie de sa clientèle est originaire du Mantois. Alors que l’Escale Royale avait initialement pris ses quartiers dans le port de Vaux-sur-Seine, les hébergements proposés par l’entreprise sont désormais amarrés au port de l’Ilon, à Saint-Martin-la-Garenne.

« Les confinements ont […] vraiment poussés les parisiens et les franciliens à sortir », analyse le patron du domaine de la Corniche, Jérôme Crépatte.

« Il y a une véritable énergie post-Covid, comme l’année dernière, c’est-à-dire que les confinements ont ensuite vraiment poussé les Parisiens et les Franciliens à sortir […], analyse le patron du domaine de la Corniche, Jérôme Crépatte, de la situation de son hôtel à Rolleboise. On sait que le millésime 2021 sera un très bon millésime, comparable, si ce n’est pas meilleur à 2019. On est surtout content de voir aussi la reprise de l’automne où cela continue à être quand même très fort [en termes de fréquentation]. » Selon lui, le taux d’occupation du domaine de la Corniche a avoisiné cet été « les 90 % », une situation ordinaire pour l’hôtel d’après le patron.

Le « millésime » hôtelier annoncé par Jérôme Crépatte ne le sera cependant probablement pas pour le musée du jouet à Poissy. « Les gens reviennent très doucement, avoue Marion Abbadie, responsable du service des publics au musée et adjointe de la conservatrice du service des musées de Poissy. D’après les chiffres, ce sont des Yvelinois en priorité. C’est vrai qu’on n’a pas encore retrouvé la fréquentation qu’on avait en 2019. » Cette année-là, le musée avait rouvert au public après trois ans environ de travaux. « En 2020, on a eu des chiffres assez bas, ajoute-t-elle du fait de l’épidémie de Covid-19. Il y avait 1 000 personnes par mois, cette année un tout petit peu plus. Un tout petit peu plus, pour 1 000 par mois, cette année se serait 1 200 par mois. »

Pourtant, d’après Xavier Cadilhac, le bilan de la fréquentation des musées du territoire est plus que satisfaisant. « Le musée de l’Hôtel-Dieu (à Mantes-la-Jolie, Ndlr), on est à plus de 60 %, le musée de la batellerie (à Conflans-Sainte-Honorine, Ndlr), on est à plus de 80 % de fréquentation par rapport à 2020 », rétorque-t-il. Pour Marion Abbadie, ces écarts de bilan sont notamment liés aux différences de thématiques entre les musées : « [Contrairement aux autres vacances scolaires], l’été, on n’est pas un lieu de destination touristique estival par rapport à d’autres lieux. Peut-être que le musée de Conflans est plus un lieu de destination estivale ? Nous c’est lié au sujet de la collection, ce sont les jouets, les familles viennent beaucoup avant Noël et pendant les petites vacances, les grands-parents amènent les petits enfants pour visiter le musée. C’est très lié au public familial. »

Alors que l’hôtel de l’Escale Royale avait initialement pris ses quartiers dans le port de Vaux-sur-Seine, les hébergements proposés par l’entreprise sont désormais amarrés au port de l’Ilon, à Saint-Martin-la-Garenne.

Quoi qu’il en soit et indépendamment du bilan touristique réalisé, les entreprises recensées sur Terres de Seine et contactées par La ­Gazette ont admis que la marque touristique était un excellent moyen pour gagner en « visibilité » auprès du public. Néanmoins, alors que Terres de Seine a lancé récemment la possibilité de réserver les activités en ligne directement depuis son site internet, terres-de-seine.fr, les sociétés admettent que la marque touristique n’est pas encore suffisante pour assurer la totalité de leurs revenus.

C’est notamment le cas de Julien Mai et Alexis Seneclauze, les gérants de Wake & Gliss, qui ont ouvert leur entreprise il y a un an en profitant de l’envie des Parisiens de quitter la capitale pour pratiquer des activités en extérieur. « On était passionnés [de sports nautiques] depuis 10-15 ans et donc, mine de rien, on se crée déjà un petit réseau sur les réseaux sociaux et, finalement, quand on ouvre la société, tout ce réseau-là se concentre sur la société et puis voilà », affirme Alexis Seneclauze en précisant que Terres de Seine est un « plus » en termes de visibilité. L’entreprise comptabilise depuis sa création environ « 200 » rendez-vous par mois et sa clientèle est aux alentours de « 80 % » parisienne.

« Il y a différents supports de communication [à utiliser]. En tout cas Terres de Seine nous aide énormément via leur site internet […]. Ils nous aident aussi sur tout le développement de la communication de l’Escale Royale. En ce sens, ce n’est pas suffisant mais ce n’est pas loin », conclut Augustin Dumont de la nécessité d’utiliser également d’autres supports de communication pour attirer la clientèle. Le développement futur de la marque touristique ces prochaines années permettra de savoir si cela ­deviendra ou non suffisant.