10 ans après, le souvenir intact de l’attentat de Magnanville

Le 13 juin dernier, cela faisait 10 ans que Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider étaient assassinés chez eux par Larossi Abballa à leur domicile de Magnanville. Une cérémonie en honneur des deux fonctionnaires de police avait lieu à Mantes-la-Jolie.

Une journée gravée à jamais dans son esprit. Le maire de Magnanville, Michel Lebouc, participait tranquillement à une réunion sur Paris le 13 juin 2016. « On m’appelle et on me dit qu’il y a un forcené qui a attaqué une famille. Mais ce n’est pas trop grave » se remémore-t-il, envoyant donc sa première adjointe sur les lieux de l’incident. Il faut encore un peu de temps à l’élu pour qu’il se rende compte de l’ampleur de la gravité, même quand la commissaire de police le contacte quelques minutes plus tard : « Elle me parle d’un attentat terroriste. Je lui réponds « vous devez vous trompez, pas dans ma ­commune ». »

Le maire magnanvillois est doublement touché puisqu’il connaît bien les victimes : Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider. Et pour cause, Michel Lebouc avait reçu Jessica avec son fils Antoine* (le prénom a été modifié) la veille dans son bureau. Ni une ni deux, il prend sa voiture pour rejoindre au plus vite la commune, « j’ai battu tous les records de vitesse » précise l’édile. Il tombe sur le corps de Jean-Baptiste, mort malgré les tentatives du gardien du stade de Magnanville de le maintenir en vie. Alors tout juste de rentré de sa journée de travail, le commissaire de police des Mureaux s’était fait poignarder par Larossi Abballa.

Ensuite tout s’enchaîne. « Le RAID, la BRI, les journalistes, énumère Michel Lebouc. À ce titre, je dis souvent que les médias en savaient plus que moi quand je suis arrivé sur les lieux ». Autre élu dans la tourmente, François Garay. Le lendemain, le désormais maire honoraire des Mureaux se déplace dans le commissariat de sa ville. « J’ai vu des personnes en larmes, l’atmosphère était pesante » se souvient l’ancien élu. Pour rassurer l’ensemble des fonctionnaires, François Garay, qui a déjà dû gérer des événements personnels tragiques, réussit à remobiliser les troupes en choisissant bien ses mots pour que la vie reparte presque comme avant.

Les élus, le ministre et les membres des forces de l’ordre se tenaient face à la famille des deux policiers.

10 ans plus tard, une nouvelle cérémonie avait lieu au commissariat de Mantes-la-Jolie, lors de laquelle le ministère de l’Intérieur, Laurent Nuñez, est venu déposer une gerbe de fleurs devant les visages à tout jamais souriants de Jean-Baptiste et Jessica. Et pour la première fois, leur enfant, Antoine âgé de 13 ans maintenant, était présent et se tenait à côté de toute sa famille et de son demi-frère Hugo. Michel Lebouc a pu s’entretenir avec eux sur l’éventualité de donner le nom d’une rue ou d’une place en honneur aux deux policiers. « Je suis harcelé de questions par la presse régionale et nationale, regrette-t-il. Cette décision appartient à la famille. » Le maire n’est évidemment pas contre, mais tient surtout à respecter le choix des proches des deux Magnanvillois tués : « Ils [Antoine et Hugo] vont y réfléchir, mais quoi quel que soit leur décision, sachez que je la ­respecterai ! »

Malgré le temps qui passe, la commune yvelinoise n’oubliera jamais Jean-Baptiste Salvaing et Jessica Schneider. Michel Lebouc, non plus, lui qui reste un des rares maires encore en service à avoir vécu ce drame « de plein fouet ». Il confie être toujours touché par ce drame et regrette ne pas être assez soutenu par l’État. « Il y a eu un suivi pendant six mois, un an, et après c’est terminé. Mais nous on ne se préoccupe pas beaucoup de nous en tant qu’élu » souffle-t-il.