Avant d’installer la centrale hydroélectrique, il faudra faire le ménage

L’implantation d’une petite centrale hydroélectrique à hauteur des anciennes écluses nécessite en amont le nettoyage des déchets du site. Le projet vise à produire de l’électricité à partir de turbines immergées dans la Seine.

A l’heure actuelle, un amoncellement de déchets, qu’il s’agisse de plastiques, de canettes, ou encore de branches d’arbres, charriés par la Seine, sont bloqués au niveau des anciennes écluses de Carrières-sous-Poissy qui bordent l’île de la Dérivation. C’est pourtant au niveau de ce site désaffecté depuis 1977 que les Voies navigables de France (VNF) et la société Quadran ont pour intention d’implanter à l’horizon 2021 une centrale hydroélectrique. Quatre turbines devraient être immergées dans la Seine pour produire de l’électricité. Le lieu, laissé en partie à l’abandon, pourrait alors s’offrir une seconde jeunesse.

Ce projet s’inscrit dans une démarche initiée en 2016 par VNF afin de valoriser son potentiel hydroélectrique et développer les énergies renouvelables sur son réseau. Pour ce faire, l’établissement public qui exploite, entretient et développe le réseau fluvial français s’est associé à l’entreprise Quadran, développeur et exploitant de centrales hydroélectriques, propriété du groupe Direct Energie.

Le partenariat entre Quadran et VNF porte sur l’installation de quatre petites centrales en Ile-de-France. Ont ainsi été retenus les écluses de Carrières-sous-Poissy et de Bougival dans les Yvelines, le barrage de Meaux en Seine-et-Marne, ainsi que celui de Port-à-l’Anglais dans le Val-de-Marne. « L’objectif est d’installer des turbines capables de produire de l’énergie électrique à partir du débit de la Seine et de la chute générée par les barrages VNF (ceux de Denouval à Andrésy dans le cas de Carrières-sous-Poissy, Ndlr) », font savoir d’une même voix les Voies navigables de France et la société Quadran.

Les travaux concernant le site carriérois devraient commencer « au plus tôt à la fin de l’année 2019 », annoncent les porteurs du projet. Mais avant cela, il faudra faire le ménage car les déchets de tous types s’accumulent. « Suite à la crue de 2018, le lancement des travaux nécessitera le nettoyage du site », concède les Voies navigables de France. Le Syndicat mixte d’aménagement des berges de la Seine et de l’Oise (SMSO) sera notamment sollicité pour apporter un soutien technique.

Des déchets charriés par la Seine sont bloqués au niveau des anciennes écluses de Carrières-sous-Poissy qui bordent l’île de la Dérivation, là où devrait être installée la future centrale hydroélectrique.

De son côté, la municipalité de Carrières-sous-Poissy se réjouit de cette initiative. « L’idée c’est de répondre à l’engagement de la France et de l’Europe dans le développement des énergies renouvelables, se félicite le maire de la commune Christophe Delrieu (DVD). C’est intéressant de se dire qu’avec juste trois à quatre petites turbines sur une petite cascade, c’est-à-dire un dénivelé entre les écluses et la Seine, on arrive à fournir l’équivalent de la consommation en électricité d’une ville de 10 000 habitants, poursuit l’édile au sujet d’un ouvrage qui devrait produire 12 900 MWh par an. Et en plus, cela va redonner vie à un lieu qui est aujourd’hui mal entretenu. »

Par la suite, l’électricité sera injectée sur le réseau électrique d’Enedis (ex-ERDF, Ndlr) et revendue sur le marché. Le coût de l’opération est estimé à dix millions d’euros. Dans son plan de financement, le projet peut aussi compter sur des aides de l’Etat. « On a obtenu un complément de rémunération dans le cadre de l’octroi d’un mécanisme de soutien à la petite hydroélectricité lancé par le ministère de la Transition écologique et solidaire », confirment VNF et Quadran.

Reste à savoir si les riverains seront impactés par l’exploitation de la future centrale. « Aucune nuisance n’est à prévoir », assurent les deux partenaires. Une forme de vrombissement est ainsi exclue par les exploitants, le projet a été conçu pour réduire les nuisances sonores qui peuvent être générées soit par les turbines, soit par les appareils de conversion de l’énergie. « La mise en place de turbine immergée permet de s’affranchir des nuisances sonores, souligne-t-on. Les appareils de conversion de l’énergie seront quant à eux installés dans un local technique insonorisé en berge rive droite. »

Des études sont actuellement engagées pour mesurer l’impact environnemental, mais aussi afin d’étudier le volet technique du dispositif. « L’instruction n’étant pas terminée l’autorisation d’exploiter la centrale n’est pas acquise et le projet peut être refusé. Cependant, nous nous attelons à proposer à l’administration le meilleur projet possible vis-à-vis du respect de l’environnement et de l’optimisation énergétique», concluent VNF et Quadran.

PHOTO : LA GAZETTE EN YVELINES