« Faire des quartiers de gare des lieux hyper accessibles et contemporains. » C’est l’objectif que s’est fixé la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) chargée d’aménager les neuf futurs pôles gares Eole de Vallée de Seine. Les chantiers qui démarreront dès le début 2022 à Villennes-sur-Seine et Aubergenville prévoient principalement de nouveaux plans de circulation des quartiers gares.

Parmi les communes qui seront desservies par le prolongement du RER, de la Défense jusqu’à Mantes-la-Jolie, celles de Villennes-sur-Seine et d’Aubergenville font exception. En effet, elles sont les seules dont le pôle gare n’a pas été imaginé comme un tout nouveau quartier urbain et dont l’aménagement de l’espace public est conditionné à l’implantation de programmes immobiliers. Le devenir de ces deux secteurs a été présenté aux habitants au début du mois de décembre.

« Villennes restera un village, rassure à ce propos Pierre Bédier (LR), président du Département et vice-président délégué au projet Eole dans l’exécutif de GPSEO. J’ai cru comprendre que la mairie ne souhaitait pas multiplier par dix la population et construire des tours place de la Libération […] À Aubergenville, puisqu’à Elisabethville on est dans le quartier pavillonnaire, [ça] le restera. » Au total, 4,8 millions d’euros seront consacrés au ­réaménagement des espaces publics et de la voirie du pôle aubergenvillois contre un peu plus d’1,5 million d’euros pour le pôle villennois. Ces montants sont partagés de façon croissante entre le Département, la communauté urbaine et Île-de-France Mobilités.

« Une nouvelle ligne de RER c’est un nouveau dynamisme pour le territoire, c’est potentiellement de nouvelles populations, de nouvelles entreprises, et donc aussi de nouveaux usagers, assure Florian Couason, responsable de programmation à GPSEO. Un territoire qui a un RER qui l’emmène aussi rapidement à Paris, ou d’ailleurs qui permet d’aller de Paris vers ce territoire, ça va attirer du nouveau monde. » L’idée est donc d’anticiper ces nouveaux flux en fluidifiant et en apaisant la ­circulation aux abords des deux gares.

À Aubergenville, deux transformations majeures vont modifier le quartier. La rue de la Gare, qui passe actuellement devant la gare et au milieu des commerces, sera prolongée le long des voies ferrées jusqu’à l’avenue Charles de Gaulle pour séparer les flux de voitures et de bus. La nouvelle sortie étant réservée aux bus, des feux tricolores seront installés de part et d’autre de la jonction. « Aujourd’hui, on a une situation un peu pénible où nous sommes souvent arrêtés au feu rouge (au carrefour de l’avenue Charles de Gaulle et de la rue du Chantier d’Herube, Ndlr) alors qu’il n’y a aucun véhicule qui passe dans un sens ou dans un autre, ce qui génère des bouchons et des ralentissements très conséquents », souligne le maire, Gilles Lécole (LR). Cette nouveauté, c’est uniquement arrêter les véhicules lorsque les bus sortent de la gare à l’arrivée des trains », ajoute l’édile en précisant que ce nouvel aménagement devrait permettre de réduire le cycle feu rouge de 70 à 10 % du temps en heure de pointe. Un quatrième quai bus sera également implanté en ­prévision de la hausse de trafic.

Dans le même temps, trois pavillons situés sur la place François Mitterrand seront démolis pour ouvrir la gare sur la ville et créer une véritable liaison piétonne. « C’est lié à une particularité d’Aubergenville qui est que quand vous sortez de la gare vous ne voyez pas la ville, et quand vous êtes dans la ville, vous ne voyez pas la gare : nous sommes la seule gare à avoir cette espèce de bouchon », commente Gilles Lécole. Une fois les travaux finis « vers la mi-2023 », la vitesse sera limitée à 30 km/h sur l’ensemble du quartier gare.

La rue de la gare sera prolongée le long des voies ferrées jusqu’à l’avenue Charles de Gaulle pour séparer les flux de voitures et de bus.

La limitation à Villennes-sur-Seine sera également revue à la baisse : 20 km/h aux abords de la gare dont la phase de travaux des espaces publics doit durer un an. En attendant, et puisque celle-ci est située tout près de l’école Saint-Exupéry, une voie « dépose minute » sera aménagée devant l’école le temps du chantier. Elle ne sera ouverte qu’aux heures d’entrées et de sorties des classes et exclusivement réservée aux parents. Une solution « facilitante », selon le maire Jean-Pierre Laigneau (DVD), qui a pourtant reçu un accueil mitigé. « J’ai du mal à imaginer que juste devant l’école il y ait un circuit de voitures, ça pose un vrai souci de sécurité pour les enfants », estime une mère de famille, représentante de la fédération des parents d’élèves, lors de la réunion publique organisée dans la commune le 10 décembre.

À terme, le parvis de la gare, la rue du Chemin de fer mais aussi la rue du Pont seront requalifiés avec des revêtements neufs et des trottoirs élargis. La place de la Libération perdra de fait en superficie pour créer un second quai de bus et permettre à ceux-ci de tourner autour du terre-plein qui fait face à la gare. Malgré une acceptation plutôt générale du projet dans la salle, ce soir-là, certains habitants déplorent l’absence de modifications sur le passage à niveau accidentogène qui dessert le second quai.

« Est-ce que la Ville ne pourrait pas se rapprocher de la SNCF et par exemple demander la pose de barrières asymétriques qui permettraient d’avoir un très grand dégagement vers l’île ?, questionne un riverain qui s’inquiète de la fluidité du point avec les passages de nombreux engins de chantier. Si les barrières se baissent, ils ne peuvent pas sortir du côté Seine sans arracher la barrière ce n’est pas possible […] on l’a régulièrement plusieurs fois par an […] donc ­préemptons le problème. »

S’il souligne qu’une étude a été relancée par la SCNF pour réaliser un passage à niveau souterrain, Jean-Pierre Laigneau note que le coût d’un tel projet est évalué entre « 10 et 17 millions d’euros ». Philippe Destison, conseiller délégué à la circulation précise : « On fera en sorte que la circulation des engins de chantier soit la plus désynchronisée du trafic des ­voitures et des trains. »

L’arrivée du RER se précisera en début d’année

À l’occasion d’une réunion du club Eole, le 1er décembre aux Mureaux, la SNCF a dévoilé aux entreprises présentes, les prochains jalons de son projet sur l’année à venir. Cette dernière devrait d’ailleurs débuter par l’annonce de la nouvelle échéance pour l’arrivée d’Eole désormais estimée à mi-2025.

Accusant un retard de plus de six mois sur la section centrale de sa ligne au niveau de Nanterre (Hauts-de-Seine), la société de transport doit désormais faire face à des pénuries de composants industriels. D’après Xavier Gruz, le directeur du projet Eole, ces dernières impacteront la production du matériel roulant sur le secteur de Mantes-la-Jolie « de l’ordre de quelques mois ».

L’échéance de la livraison finale ne devrait pas tarder à se préciser puisque les principaux financeurs du projet ont demandé à la SNCF de pouvoir l’annoncer en début d’année. De son côté, le président du conseil départemental des Yvelines, Pierre Bédier (LR), confie qu’il ne serait pas vraiment surpris par une année de décalage. « Deux ans, ça ne me surprendrait pas non plus », abonde-t-il lors de la réunion publique consacrée à ­l’aménagement du pôle gare de Villennes-sur-Seine.

Si dans les Yvelines, les premiers signes de l’arrivée d’Eole se font encore discrets, l’année 2022 devrait, en ce sens, être un tournant. Aux Mureaux, les travaux vont entrer dans leur seconde phase qui se poursuivra jusqu’en 2024 minimum. Celle-ci consistera en la reprise des bâtiments voyageurs avec notamment la création d’une nouvelle sortie pour permettre une connexion à la future gare routière.

Dès cet été, des travaux de modernisation vont être engagés sur les voies mantaises au niveau de Mantes station. Cette date marquera également le début de la création d’un viaduc qui doit permettre de fluidifier la ­circulation entre les trains normands la future ligne du RER E.