Une « promesse » pas respectée : plus de 300 personnes manifestent contre l’arrêt de la production chez Stellantis Poissy

Plusieurs syndicats se sont mobilisés le 23 avril contre la fin de production de voitures au sein de l’usine Stellantis. Le cortège est parti de l’hôtel de ville de Poissy pour rallier le bâtiment de production.

« On est là et on va se faire entendre ». Matthieu Bolle-Reddat, le secrétaire général de l’union départementale de la CGT des Yvelines, harangue les plus de 300 personnes présentes sur la place de la République de Poissy, toutes mues par le même désir : voir la production de véhicules se poursuivre à l’usine Stellantis, située à un petit kilomètre de là, rue Jean-Pierre Timbaud.

En effet, depuis les annonces du 16 avril, les salariés du groupe automobile savent désormais que l’Opel Mokka et la Citroën DS3 seront les dernières voitures à sortir des chaînes d’assemblage pisciacaises en 2028. « Est-ce que vous voulez qu’elles vivent encore ? » interroge le syndicaliste, qui en profite également pour égratigner Force Ouvrière, un « syndicat complice qui se soulage de la perte d’un millier d’emplois ». D’une seule voix, la foule répond un « oui » franc et massif.

Parmi les manifestants, nous retrouvons Samir, 48 ans, avec plus de vingt ans « de boîte ». « J’ai commencé comme opérateur, puis cariste » raconte-t-il. L’année dernière, il a dû changer de poste car le sien avait été supprimé, la faute à une production de moins en moins forte. Le changement de cap ne l’a donc pas surpris plus que cela : « On le sentait venir, il y avait des rumeurs persistantes depuis quelques temps… » Et malgré les 100 millions d’euros d’investissement annoncés, le quadragénaire ne se sent toujours pas rassuré. À quelques mètres de lui se trouvent Hassan et David qui partagent la même vision.

« C’est l’histoire de l’automobile et de Poissy, on parle d’un siècle de construction quand même » lâche le premier. L’un comme l’autre – arrivés dans les années 90 alors que Stellantis s’appelait encore Peugeot – ont vu l’effectif de 15 000 salariés fondre comme neige au soleil. « Je m’occupais de la sellerie qui a fini par être sous-traitée » regrette Hassan. Selon les deux syndiqués CGT, le funeste destin de l’usine de production date du transfert du fameux segment B dans des pays à la main d’œuvre plus bon marché, celui des citadines que les ouvriers pouvaient s’offrir. « Qui peut aujourd’hui s’acheter une Opel Mokka neuve ? » questionne un David qui voit toujours le nuage de la fermeture définitive flotter au-dessus de l’usine pisciacaise.

Le cortège est parti aux alentours de 11h30 de place de la République à Poissy pour finir au niveau de l’usine de Stellantis.

Quant à Jonathan dos Santos, secrétaire syndicat CGT de Stellantis Poissy, il ne décolère pas depuis une semaine. « On ne peut pas accepter cette décision, on a tout fait » s’emporte le syndicaliste. D’après lui une promesse existait : « Pour maintenir l’emploi, la direction nous disait d’améliorer notre productivité. Le 16 avril, elle a rompu cette promesse. » Il a coché la date du 21 mai, date du CSE (Comité Social et Économique) lors duquel il attend « des réponses concrètes ». D’ici là, la CGT a promis des actions coup de poing au sein de l’usine pour faire plier le conseil d’administration du groupe franco-italo-américain et obtenir un nouveau véhicule.

En plus des employés, on croise quelques têtes locales connues comme la députée PS Dieynaba Diop (9ème circonscription des Yvelines) ou le conseiller municipal d’opposition d’Achères, Louis-Armand Virey, mais aussi un membre éminent de la Gauche : François Ruffin, profitant de sa pause parlementaire pour garnir les rangs des manifestants. « J’ai vu en Picardie que c’était un choix [l’arrêt de la production] et non une fatalité, explique le député de la Somme. On a besoin de taxes frontières, de barrières douanières, de quotas d’importation pour faire une renaissance de l’industrie, en particulier de ­l’industrie automobile dans notre pays. »

Enfin, il n’y avait pas qu’à Poissy que les salariés de Stellantis se sont réunis. Ceux de Sochaux, Metz-Borny et Vesoul ont également fait grève le même jour. « On s’est organisés chacun de notre côté pour cette mobilisation. Et au mois de juin, on essaiera de faire un mouvement national pour avoir encore plus d’impact », assure Jonathan Dos Santos.