L’élection du canton de Verneuil-sur-Seine, qui comprend au total 13 communes dont celles des Alluets-le-Roi, Médan, Morainvilliers, Orgeval, Triel-sur-Seine, Vernouillet et Villennes-sur-Seine, comporte comme principal enjeu, le futur visage de son territoire. Alors que le projet de déviation de la RD154 entre le Nord de Verneuil-sur-Seine et le Sud des communes de Vernouillet et Médan divise toujours autant à l’approche de ce nouveau scrutin, les quatre binômes en lice dans le canton proposent leur vision de ce que doit être ­l’aménagement du territoire.

Un enjeu particulièrement renforcé par la présence sur les panneaux d’affichages électoraux de l’actuel vice-président aux mobilités Jean-François Raynal (LR) rejoint par la maire de Morainvilliers, Fabienne Devèze (LR). Est également candidate, la conseillère municipale d’opposition et maire honoraire de Vernouillet SE Marie-Hélène Lopez-Jollivet aux côtés du maire triellois Cédric Aoun (SE). La liste du Rassemblement national sera portée localement par Jean-Luc Gallais et Denise Heuze, ancienne conseillère municipale aux Mureaux.

La gauche sera quant à elle représentée par Fabien Lemoine (PS), conseiller municipal d’opposition à Verneuil-sur-Seine et Nathalie Mostowski (EELV), elle dans l’opposition du conseil municipal de Vernouillet. Historiquement opposés au projet de déviation de la RD154, déclaré d’utilité publique le 25 avril 2015, ces deux-là font à nouveau de ce combat, un point majeur de leur campagne.

Historiquement opposés au projet de déviation de la RD154, Fabien Lemoine (PS), et Nathalie Mostowski (EELV) font de ce combat un point majeur de leur campagne.

« Nous ce que l’on souhaite, c’est de stopper des projets qui sont inutiles et néfastes à la fois non seulement à l’environnement, mais aussi pour les habitants, affirme Nathalie Mostowski pointant aussi bien la déviation de la RD 154 que d’autres projets routiers du Département hors du canton comme celui du pont d’Achères. Ce sont des projets inutiles et coûteux donc là, c’est vraiment de l’argent public qu’on souhaite voir investis sur des projets pour le coup positifs, et qui vont permettre d’améliorer vraiment les routes et les déplacements pour les habitants. »

Pour « rendre plus sains, plus sûrs les déplacements du quotidien », le binôme propose ainsi d’investir plutôt sur l’aménagement des routes existantes et le développement des circuits cyclables et piétons « car aujourd’hui la politique du Département ne va pas dans ce sens-là », juge Fabien Lemoine.

Cette opposition est partagée par les deux autres listes qui se présentent face aux candidats de la majorité départementale sortante. « Nous sommes opposés à la création de nouvelles routes à travers une plaine agricole et un bois régional », explique de sa position Marie-Helène Lopez-Jollivet. Si lui ne s’était pas exprimé publiquement sur le sujet jusque-là, Cédric Aoun s’est officiellement rallié à sa colistière le 9 avril dernier en signant la pétition contre la voie de contournement.

Marie-Hélène Lopez-Jollivet (SE) et Cédric Aoun (SE) souhaitent développer une zone agricole protégée sur la vallée Maria située entre les communes d’Orgeval et de Morainvilliers.

Le duo estime à « une quarantaine de millions d’euros » le bénéfice à tirer d’un abandon du projet porté par le Département. « On propose de réinvestir cet argent dans l’entretien et la sécurisation des routes départementales avec équipements pour tous les types de cycles », avance l’édile triellois.

« Lorsqu’ils ont refait la RD 154, ils ont dépensé des millions d’euros, ils ont refait le bitume, ils ont fait une séparation centrale : la route est magnifique, elle est rapide et marche très bien alors pourquoi vouloir faire autre chose ? », interroge pour sa part Jean-Luc Gallais. Le candidat du Rassemblement national estime que la route existante est « largement dimensionnée » pour le flux qui la traverse aujourd’hui et propose, lui, « des ajustements », comme d’offrir aux automobilistes qui arrivent de Villennes-sur-Seine depuis la RD 154, de pouvoir à nouveau tourner à gauche sur la D113 en direction de Paris de manière à fluidifier le trafic dans la zone des Quarante sous aux heures de pointes.

De part sa délégation au conseil départemental, Jean-François Raynal est, de fait aujourd’hui, l’un des acteurs principaux de ce dossier très controversé dans le canton. Pour autant, même s’il « ne souhaite pas en faire un sujet de campagne », le vice-président aux mobilités le répète : « Aujourd’hui, on doit réaliser [le projet] ! »

Le candidat du Rassemblement national, Jean- Luc Gallais, en binôme avec Denise Heuze (RN) veut fluidifier le trafic dans la zone des Quarante sous aux heures de pointe.

Si Fabien Lemoine regrette « une absence de démocratie participative » de la part du Département qui n’avait pas participé en septembre 2020 au débat organisé au complexe sportif vernolien François Pons, il dénonce par la même occasion que ce dernier n’ait pas pris en compte le résultat de la consultation citoyenne organisée conjointement par les communes de Verneuil-sur-Seine, Vernouillet et Chapet en octobre dernier.

« C’est un sujet qui ne concerne pas les communes, mais qui concerne le Département et le Département a décidé de s’approprier ce sujet parce qu’il répond à un certain nombre de caractéristiques, rétorque Jean-François Raynal. Il y a eu une déclaration d’utilité publique cela veut dire que l’Etat a reconnu que c’était nécessaire. » Pour le candidat du canton de Verneuil-sur-Seine le tracé de cette déviation permettra « de diviser les flux » et de retrouver « une circulation apaisée ».

Concernant la requalification de cette voirie, Jean-François Raynal n’exclut d’ailleurs pas la possibilité de la réétudier notamment en « rouvrant le dossier de faire, au niveau de l’un des premiers ronds-points que vous aurez dans les bois de Verneuil, vers la commune de Chapet, le barreau qui ira vers la commune des Mureaux ». Selon lui, ces aménagements permettront à l’avenir aux communes de travailler plus facilement sur des modes de mobilités douces. « Comment voulez-vous, devant l’hôtel de ville de Verneuil, organiser les choses de manière apaisée alors que vous avez 15 000 véhicules [par] jour ? », prend-t-il en exemple.

« On va faire un collège qui va être irréprochable même exemplaire sur le plan environnemental », assure Jean-François Raynal de la reconstruction futur du collège vernolien Jean Zay.

Lorsqu’il est question de l’aménagement urbain dans le canton, il est difficile de passer à côté de l’arrivée prochaine d’Eole dont le RER E s’arrêtera dans les gares de Villennes-sur-Seine, Vernouillet et Verneuil-sur-Seine. L’accompagnement à la transformation de ces quartiers est aujourd’hui l’un des grands ­chantiers du ­Département.

« Accompagner l’arrivée d’Eole dans la vallée de Seine c’est un pari parce que cette arrivée est hyper importante, juge Jean-François Raynal. Nous avons déjà réalisé des aménagements sur ces trois pôles gares qui vont être impactés et nous allons poursuivre parce que les transports ferroviaires c’est long. Ce que je retiens c’est cette capacité que nous avons eu à investir et qui nous permet justement le soutien auprès des communes. » Parmi les projets subventionnés par le Département dans le canton on trouve notamment la création d’une maison médicale à Villennes-sur-Seine ou la rénovation de près de 800 logements dans le quartier du Parc avec le programme départemental de relance et d’intervention pour l’offre ­résidentielle « Prior’Yvelines ».

« On sait qu’aujourd’hui cette rénovation elle n’est pas bien faite, on a des exemples […] des habitats [qui] ne retrouvent pas forcément les effets sur leurs factures, répond de son côté l’écologiste Nathalie Mostowski. Pire que ça aussi c’est que sous-couvert de financer la réhabilitation urbaine pour ces quartiers-là, il y a une partie des espaces naturels qui sont vendus à des promoteurs pour faire des projets immobiliers et ça, ça ne va pas du tout non plus dans le sens de la justice environnementale ni d’une rénovation qui soit positive. »

Le binôme envisage plutôt un aménagement des pôles gares qui « occupe le moins de surface au sol possible […] et qui ne soit pas au service de la spéculation foncière mais bien derrière avec une offre avec des loyers qui soient accessibles à tous ceux qui en ont besoin ». Il souhaite également « accélérer » la rénovation énergétique du parc social et accompagner les particuliers dans cette transition. Car parallèlement à cette nouvelle desserte, la préservation de l’environnement et du paysage local tient en effet une place toute particulière dans les programmes des différents candidats .

Selon Cédric Aoun, les habitants seraient inquiets par les projets immobiliers à venir sur le canton. « Sur les communes d’Orgeval, de Villennes-sur-Seine et Triel, il y a plusieurs centaines de logements à construire, or les infrastructures ne sont pas proportionnées […]. Le Département doit accompagner les communes de manière a proposer des projets à taille humaine bien intégrés qui respectent le caractère environnemental et architectural de la ville », estime le maire triellois, qui se fixe comme objectif de stopper les constructions de grands ensembles immobiliers.

De la même façon qu’elle l’avait fait dans sa commune, Marie-Hélène Lopez-Jollivet souhaite développer une zone agricole protégée sur la vallée Maria située entre les communes d’Orgeval et de Morainvilliers. « Aujourd’hui sur notre canton nous avons la chance d’avoir une richesse formidable […] et la création d’une zone agricole protégée permet justement aux agriculteurs de pouvoir se projeter dans l’avenir », détaille ­l’ancienne maire de Vernouillet.

De son côté, Jean-Luc Gallais milite pour le rempoissonnement de la Seine, où des tonnes d’espèces ont dépéri après l’incendie, en juillet 2019, de la station d’épuration d’Achères. « C’est un combat que je mène depuis de nombreuses années parce que à Achères et Andrésy cet épisode a été un massacre pour la population de poissons et il n’a jamais été réparé », explique celui qui est également président d’une association de prêche et contrôleur des comptes de la fédération de pêche des Yvelines. Son objectif est ainsi de contraindre le Siaap à effectuer un rempoissonnement « ­d’environ 200 à 300 tonnes ».

Sur le volet de la rénovation énergétique, Jean-François Raynal met l’accent sur la reconstruction future du collège vernolien Jean Zay prévu dans le plan départemental présenté en mars dernier. « Ce collège a la particularité d’être dans un emplacement très boisé et on va faire un collège qui va être irréprochable même exemplaire sur le plan environnemental, assure le conseiller départemental sortant. On va travailler sur le développement durable mais ce n’est pas simplement un discours, c’est dans les faits un collège qui va être construit avec du bois, des matériaux bio-sourcés, cela veut dire pendant le temps de la construction de cet établissement nous allons diminuer l’empreinte carbone. » L’établissement sera reconstruit sur site « à l’horizon 2025 » avant même que les anciens bâtiments ne soient démolis.