Depuis le 7 octobre, Samuel Paty faisait l’objet d’un véritable lynchage médiatique, à cause notamment de vidéos tournées par un parent d’élève, Brahim C., sur la place Fouillère et partagées très largement sur sa page Facebook et Youtube. Dans ces vidéos, Brahim C. relatait le témoignage de sa fille, élève de 4e, par rapport à un cours d’enseignement moral et civique dispensé par Samuel Paty le 5 octobre et présentant des caricatures de Mahomet publiées dans le journal Charlie Hebdo. Ce dernier fait partie des onze personnes interpellées (voir p.3) suite à la décapitation de l’enseignant d’histoire-géographie. Ce lundi 19 octobre, BFMTV révèle qu’Abdoullakh Abouyezidovich Anzorov, le terroriste, avait pris contact avec Brahim C. La chaîne d’informations en continu ne savait pas pour l’heure si Brahim C. lui avait répondu.

« Il a montré un homme tout nu en disant que c’était le Prophète. Quel est le message qu’il a voulu faire passer », s’interroge Brahim C. dans la première vidéo diffusée dans la soirée du 7 octobre, en indiquant que Samuel Paty aurait « demandé aux élèves musulmans de lever la main » et de sortir de la classe, et dénonçant une stigmatisation de la communauté musulmane. Qualifiant Samuel Paty de « voyou », il aurait demandé à d’autres parents de le contacter. Dans une deuxième vidéo, postée le lendemain, c’est cette fois-ci le témoignage de sa fille de 13 ans qui est diffusé, sans qu’elle n’apparaisse devant la caméra (selon Le Parisien, l’enquête n’a pas confirmé que l’adolescente avait assisté au cours, Ndlr). L’adolescente dit avoir vécu le cours comme un manque de respect à sa religion. Les commentaires indignés et les appels à la démission de l’enseignant fusent.

« Il y a des parents qui s’indignaient, un peu comme dans la vidéo qui a été diffusée, mais aussi des parents qui nous disaient « mais qu’est ce que c’est que ces faits, mon fils était dans la classe et ça ne s’est pas du tout passé comme ça », rapporte la présidente de la Peep conflanaise, Cécile Ribet-Retel, de l’ambiance suite au cours. On a vraiment eu les deux sons de cloches de la part des parents qui nous contactaient. » Dans une conférence de presse donnée le samedi 17 octobre, Jean-François Ricard, procureur général du parquet national antiterroriste, souligne que « la principale du collège faisait d’ailleurs état de nombreux appels menaçants reçus par le collège à la suite de la publication de la vidéo du parent d’élève ».

Le 8 octobre, Brahim C. est reçu par la principale du collège du bois d’Aulne, accompagné d’Abdelhakim Sefroui, connu pour être une figure de l’islam radical. « Celle-ci tentait en vain d’apaiser les choses, alors que les deux hommes exigeaient avec virulence le renvoi du professeur, sous peine de mobilisation et manifestation », souligne Jean-François Ricard. Il aurait également refusé de rencontrer l’enseignant. Le soir-même, Brahim C. donne dans une vidéo l’adresse exacte de l’enseignant. Une plainte était également déposée pour « diffusion d’images pornographiques » au commissariat de Conflans-Sainte-Honorine. Jean-François Ricard précise également que la demi-sœur de Brahim C « avait rejoint l’organisation Etat islamique en 2014 en Syrie et qu’elle fait à ce titre l’objet d’un mandat de recherche par les juges antiterroristes ».

Le 12 octobre, Samuel Paty était entendu par les enquêteurs. « Il contestait énergiquement avoir demandé aux élèves musulmans de s’identifier et de sortir de la classe. En revanche, il précisait avoir pris soin, avant de montrer les dessins concernés, de proposer à ses élèves de ne pas les regarder, dans l’hypothèse où ils pourraient être heurtés par ceux-ci », poursuit Jean-François Ricard. Samuel Paty avait également porté plainte contre Brahim C. pour « diffamation publique ».

En parallèle, Abdelhakim Sefroui poste une vidéo sur ses propres réseaux sociaux, et relayée dans un premier temps par Le Point : « À la fin de notre entretien [avec la principale], on a compris qu’il n’y allait rien avoir de la part de l’établissement mais elle nous a fait savoir qu’elle allait remonter l’information. […] Dans l’après-midi, l’inspection académique a contacté le parent d’élève et a exprimé son étonnement de savoir que ça s’est passé comme ça dans le cours et qu’ils allaient sévir. »

Une affirmation qu’a catégoriquement démentie l’académie de Versailles dans un communiqué de presse daté du dimanche 18 octobre. « La principale a adressé aux parents un message d’apaisement, est-il précisé. […] L’académie a alors mobilisé l’équipe Valeurs de la république. […] Elle a discuté avec Samuel Paty et l’a conforté dans l’approche qu’il avait eu lors de son cours. […] Le soutien de M. Paty, par sa hiérarchie a été concret et constant dès le début. »

Selon FranceInfo, ces tensions étaient connues des services de renseignements territoriaux yvelinois. Le 12 octobre, une note manuscrite a été envoyée à la direction parisienne du renseignement. Cette note indiquait que ces tensions avaient finalement été gérées par la principale du collège et se terminait comme suit : « La tension est retombée et la situation est apaisée. »