Un « coup d’envoi ». Voici comment le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise (GPSEO) et maire de Mantes-la-Jolie, Raphaël Cognet (LR), résume la journée du 15 septembre qui a vu s’officialiser, dans les locaux du centre technique communautaire, à Aubergenville, la signature du second acte de la rénovation urbaine pour un coût total d’investissement d’un milliard d’euros. Il concerne les villes de Carrières-sous-Poissy, Chanteloup-les-Vignes, Les Mureaux, Limay, Mantes-la-Jolie, Poissy et Vernouillet ce qui représente environ 43 000 habitants. Ce jour-là, les édiles chantelouvais, muriautin, mantais et vernolitain se sont félicités du lancement officiel de cette nouvelle phase du renouvellement urbain dans des quartiers prioritaires mais ont également tenu à rappeler à quel point son commencement a été long à mettre en œuvre.

« Ce qu’il faut c’est qu’on termine ces quartiers », déclare avec insistance Raphaël Cognet en rappelant que le premier programme national de rénovation urbaine (PNRU 1) lancé en 2004 avec la naissance de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru) avait permis de réaliser la transformation du quartier du Val Fourré à hauteur de « 50 % » mais qu’il faut désormais achever par le biais notamment de destructions de tours comme celles, par exemple, des tours Ader dont l’édile assure que le relogement a déjà commencé. « Il y a eu une grande phase [après le PNRU 1] durant laquelle il ne s’est pas passé grand-chose et depuis quatre, cinq ans on sent quand même qu’il y a une volonté de nous accompagner sur des projets qui sont des projets d’envergure », poursuit l’édile mantais.

Il y a trois ans déjà, lors d’une réunion publique organisée le 11 septembre 2018 au centre de vie sociale des Garennes, Raphaël Cognet avait critiqué la lenteur de la mise en place du deuxième acte du renouvellement urbain. « Le deuxième plan tarde à venir […], avait-il dit. Sous le mandat de François Hollande, il y a eu zéro financement. Il n’y a d’ailleurs pas de plan de financement acté. »

D’après la maire chantelouvaise et vice-présidente du Département en charge de l’insertion et de la rénovation urbaine, Catherine Arenou (DVD), il semble en tout cas urgent d’agir. Dans cette ville, le second acte du renouvellement urbain concernera uniquement le quartier de La Noé et verra s’y implanter une cité éducative ainsi que la construction de 260 logements pour un coût total de 39 millions d’euros dont 10,80 millions sont financés par l’Anru.

La réhabilitation aux Mureaux prévoit notamment le désenclavement du quartier des Musiciens et son ouverture sur le parc du Sautour.

« Nous le savons tous, les quartiers concentrent des difficultés mais des quartiers sont en train de décliner et il faut que nous ayons une attention renouvelée pendant ce mandat », affirme-t-elle en précisant que le territoire de la communauté urbaine comprend « un quart de ses habitants qui habitent dans un quartier politique de la Ville » mais que certains d’entre eux situés à « Vernouillet, Carrières-sous-Poissy et Poissy » n’avaient, à l’époque, déjà pas été retenus par le PNRU 1.

Le maire de Vernouillet, Pascal Collado (SE), confirme ses propos. « Nous on n’est pas un dispositif Anru. On est dans le cadre du contrat Prior soutenu par le Conseil départemental qui nous suit, nous accompagne et qui porte en grande partie le projet et qui fait le relais de l’Anru », précise-t-il en ajoutant que, dans sa commune, « 30 % » de la population habite en quartier politique de la Ville.

Le projet de réhabilitation à Vernouillet concernera la réhabilitation d’environ « 800 » logements dans le quartier du Parc, « une centralité commerciale complètement revue avec un nouveau Lidl, de nouveaux commerces et une nouvelle attractivité en termes d’équipement public », un « nouveau centre de vie social » ainsi que « la rénovation complète de l’école [Annie-Fratellini] et son agrandissement ».

Qu’ils soient ou non dans le dispositif de l’Anru, la volonté des maires concernant le renouvellement urbain n’est visiblement pas passé inaperçue auprès de Raphaël Sodini, le préfet délégué pour l’égalité des chances et à ce poste depuis le 24 août 2020. Présent le 15 septembre, il s’est rappelé des réflexions des maires présents en octobre 2020 lors de l’inauguration, à Chanteloup-les-Vignes, de l’espace Jean-Louis Borloo. Présente ce jour-là, La Gazette avait également noté dans son édition du 7 octobre que les élus locaux dénonçaient un manque « d’ambition » de la part de l’État.

Le second volet de la rénovation urbaine, à Limay, concerne, entre autres, le quartier des Hautes Meunières. Selon le premier adjoint en charge de l’urbanisme, Djamel Nedjar (DVG), il y aura dans ce quartier l’ouverture du futur groupe scolaire Jean-Zay prévue « au plus tard à la rentrée 2025 », une fois qu’il aura été démoli et reconstruit.

« J’avais ressenti une impatience, se souvient Raphaël Sodini. Une impatience parce qu’on dit que l’Anru c’est long, les signatures de convention ça ne vient pas, l’État ce sont des procédures infernales […]. Je suis donc particulièrement heureux d’être là aujourd’hui et de marquer, moins d’un an après, avec toutes les longueurs qui sont celles de l’action de l’État, toutes les difficultés que sont celles de la crise sanitaire, on parvient à lancer ce projet et à signer ces conventions qui vont permettre l’engagement de l’acte 2 de la rénovation urbaine. »

Alors que Raphaël Sodini affirme comprendre « l’impatience » des élus, il n’est pas le seul à partager cet avis. C’est également le cas de Jean-Philippe Dugoin-Clément (UDI), vice-président chargé notamment du logement et de l’aménagement durable du territoire à la Région. « Effectivement, de temps en temps, on a l’impression lorsqu’on est à l’échelon communal de faire face au tonneau des Danaïdes, de faire face à des calendriers qui s’allongent où on passe de cinq ans à sept ans, de sept ans à dix ans, de dix ans à quinze ans avec, assez souvent, des nouvelles priorités qui viennent », complète-t-il en précisant que la Région s’est engagée à hauteur de « 250 millions d’euros pour financer des équipements publics dans le cadre des programmes de rénovation urbaine ».

Des mots du premier adjoint limayen chargé notamment de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire et pressenti au poste de maire lors du conseil municipal du 2 octobre prochain, Djamel Nedjar (DVG), le dispositif Anru « peut effectivement paraître, pour nous élus, un peu complexe ». Le second volet de la rénovation urbaine concernera dans cette ville les quartiers de La Source, Champarts/Wilson/La Chasse, le Village et les Hautes Meunières pour un coût total de 56 millions d’euros dont 12,50 millions sont financés par l’Anru. Comme le relatait La Gazette le 12 mai, il concerne notamment, dans ce dernier quartier, l’ouverture du futur groupe scolaire Jean Zay prévue « au plus tard à la rentrée 2025 », une fois qu’il aura été démoli et reconstruit.

Cette complexité ressentie par les élus, le directeur général de l’Anru depuis décembre 2014, Nicolas Grivel, la comprend. « La politique de renouvellement urbain est une politique nécessairement complexe parce que c’est une politique multidimensionnelle dans des quartiers qui ne sont pas simples, qui ont leur histoire, leur richesse. On intervient sur la ville déjà existante », confie-t-il.

Bien que les élus se félicitent de la signature de la nouvelle phase de la rénovation urbaine, tous s’accordent cependant à dire qu’il faudra désormais du temps avant de voir les quartiers se transformer physiquement. « Aujourd’hui c’est un gros travail. Il faut bien se dire qu’un projet comme celui-là c’est un projet sur dix ans », fait remarquer, en aparté, le maire muriautin, François Garay (DVG), en rappelant que le PNRU 1 qui concernait la rénovation de cinq quartiers avait duré « à peu près 15 ans » dans sa ville.

À Chanteloup-les-Vignes, le second acte du renouvellement urbain permettra notamment l’implantation d’une cité éducative dans le quartier de La Noé.

Cette fois-ci, le projet prévoit notamment la démolition des trois tours Debussy aux Mureaux, le désenclavement des Musiciens avec la réhabilitation de 728 logements sociaux et la création de 230 logements individuels, l’ouverture de ce quartier sur le parc du Sautour ainsi que la création d’un pôle de la solidarité et de la citoyenneté sur l’école élémentaire Brossolette pour un coût total de 107 millions d’euros dont 45,5 millions sont financés par l’Anru.

« Tout cela ne va pas se faire en un jour. Je crois qu’on en a pour dix ans [mais] on me dit que, quand on dit dix [ans], cela veut dire 15 », complète Raphaël Cognet. Pour François Garay, le plus long sera probablement la destruction des tours. « Les réhabilitations iront plus vite que les déconstructions et le relogement parce que, lorsque vous voulez reloger quelqu’un encore faut-il qu’il y ait une offre de logement », indique-t-il en précisant que les habitants n’ont pas forcément envie de déménager.

« Quand on fait nos enquêtes de relogement on a, en gros, entre 70 et 80 % des gens qui demandent à rester là. Ce qui veut dire quoi ? Ce qui veut dire que, contrairement à l’image [qu’on en a], les gens sont la plupart du temps heureux d’habiter là où ils habitent ce qui prouve, peut-être que les élus locaux ne font pas un si mauvais travail que cela », poursuit Raphaël Cognet en prenant l’exemple du Val Fourré.

Quant aux remarques formulées à l’encontre du renouvellement urbain et qui consisterait à dire que cela ne fonctionne pas, Catherine Arenou ne mâche pas ses mots. « Je vous rappelle que la politique de la ville doit se faire à l’échelle humaine et pas à l’échelle du territoire et nos réussites c’est l’accompagnement des réussites des familles, des enfants, vers l’emploi et nous avons des quantités de réussite individuelles mais elles sortent du quartier, même pour rester dans la ville, affirme-t-elle. Cette lecture de loin qui dit « la politique de la ville ne réussit pas, vous voyez, il y a toujours autant de gens en difficultés sur nos quartiers », eh bien, oui, parce qu’à chaque fois que quelqu’un réussit, il est remplacé par quelqu’un qui ne demande qu’à réussir ! »